Un commerçant qui souhaite tester un repreneur avant de vendre, ou un propriétaire qui veut prendre du recul sans fermer boutique : dans les deux cas, la location-gérance offre une solution intermédiaire. Elle permet de confier l’exploitation d’un fond de commerce à un tiers, contre le versement d’une redevance, sans transférer la propriété. Voici comment ce mécanisme fonctionne concrètement et ce que la loi impose à chacune des parties.
Qu’est-ce que la location-gérance d’un fonds de commerce ?
La location-gérance, aussi appelée gérance libre, est un contrat par lequel le propriétaire d’un fonds de commerce (le bailleur) en confie l’exploitation à une autre personne (le locataire-gérant), qui l’exploite à ses risques et périls en échange d’une redevance. Le locataire-gérant devient commerçant à part entière : il s’immatricule au registre du commerce et des sociétés, encaisse les recettes, paie ses charges sociales et son impôt, et supporte les pertes éventuelles.
Ce dispositif se distingue de la cession (voir comment faire une cession de droit au bail commercial), où la propriété du fonds change définitivement de mains. Ici, le bailleur reste propriétaire du fonds de commerce, il ne fait que le louer, un peu comme on louerait un appartement, mais avec des obligations bien plus encadrées par le droit commercial.
Les conditions pour mettre un fonds de commerce en location-gérance
Avant de signer un contrat de location-gérance, le bailleur doit remplir une condition d’exploitation préalable : il doit avoir exploité personnellement le fonds pendant au moins deux ans. Cette durée d’exploitation vise à éviter les montages purement spéculatifs où l’on créerait un fonds fictif dans le seul but de le louer immédiatement.
Cette exigence peut être réduite ou levée dans certains cas particuliers : héritiers ou conjoint d’un commerçant décédé, État, collectivités locales ou établissements publics, ou encore mandataire judiciaire dans le cadre d’une procédure collective. Un juge peut également accorder une dispense sur demande motivée. En dehors de ces exceptions, l’absence de respect du délai de deux ans expose le contrat à la nullité, avec des conséquences lourdes pour les deux parties.
Le contrat de location-gérance : contenu et caractéristiques

Le contrat de location-gérance n’est soumis à aucun formalisme imposé par la loi, mais il doit être rédigé avec soin car il fixe l’ensemble des règles du jeu entre bailleur et locataire-gérant. Il précise généralement la désignation du fonds loué, la durée du contrat, le montant et les modalités de paiement de la redevance, ainsi que les conditions de renouvellement ou de résiliation.
La redevance peut être fixe, proportionnelle au chiffre d’affaires, ou combiner les deux formules. Le contrat prévoit souvent une garantie ou une caution destinée à couvrir le bailleur en cas de loyers impayés ou de dégradations, un mécanisme comparable au dépôt de garantie du bail commercial. Une fois signé, l’acte doit faire l’objet d’une publicité légale : un avis est publié dans un journal d’annonces légales, et le contrat est mentionné au registre du commerce et des sociétés dans les quinze jours suivant sa conclusion.
La solidarité fiscale, un piège à connaître
Pendant les six mois qui suivent la signature du contrat, le bailleur reste solidairement responsable des dettes fiscales contractées par le locataire-gérant avant la mise en location-gérance. Un vérificateur peut donc réclamer au propriétaire des sommes dues par son locataire, même si celui-ci a repris une activité déjà rentable.
Obligations et responsabilités du bailleur et du locataire-gérant
Le bailleur doit garantir la jouissance paisible du fonds : il ne peut pas exercer une activité concurrente à proximité, ni détourner la clientèle attachée au fonds loué. Il conserve la propriété des éléments corporels et incorporels (enseigne, clientèle, droit au bail) et doit s’assurer que le locataire-gérant maintient le fonds en bon état d’exploitation.
Le locataire-gérant, de son côté, exploite le fonds en toute indépendance mais sous sa propre responsabilité. Il doit s’immatriculer au registre du commerce et des sociétés, tenir une comptabilité distincte, payer ses charges sociales et respecter les termes du contrat, notamment le versement régulier de la redevance. Il ne peut pas céder son droit d’exploitation à un tiers sans l’accord du bailleur, sauf clause contraire.
Sur le plan du passif, une règle protège les créanciers : les dettes contractées par le locataire-gérant pendant la durée du contrat lui sont propres, mais celles nées avant la mise en location-gérance deviennent immédiatement exigibles dès la publicité légale de l’acte, y compris si elles n’étaient pas encore échues. C’est une mesure de protection pour les créanciers du bailleur, qui pourraient sinon voir leur débiteur s’effacer derrière un contrat de location.
| Partie | Obligation principale |
|---|---|
| Bailleur | Garantir la jouissance paisible, publier le contrat, respecter la solidarité fiscale de six mois |
| Locataire-gérant | S’immatriculer au RCS, payer la redevance, exploiter le fonds à ses risques |
Fin du contrat de location-gérance

Le contrat de location-gérance prend fin à l’échéance prévue, sauf renouvellement tacite ou exprès selon les clauses convenues. Une résiliation anticipée reste possible en cas de manquement grave, par exemple un défaut de paiement de la redevance ou une exploitation contraire à l’objet du fonds (à ce sujet, voir aussi la résiliation d’un bail commercial par le locataire). Certains contrats prévoient une clause résolutoire qui facilite cette rupture sans passer systématiquement devant un tribunal.
À l’issue du contrat, le bailleur récupère la pleine disposition de son fonds de commerce et retrouve, le cas échéant, la qualité de commerçant exploitant s’il reprend l’activité. La cessation d’activité du locataire-gérant doit être déclarée, et son immatriculation radiée du registre du commerce. Le bailleur, quant à lui, redevient seul responsable de l’exploitation, sauf s’il choisit de conclure un nouveau contrat avec un autre locataire-gérant ou de céder définitivement le fonds.
Cette phase de fin de contrat mérite une attention particulière sur le plan comptable : un inventaire contradictoire du matériel et des stocks est souvent réalisé, et les comptes entre les deux parties doivent être arrêtés pour éviter tout litige ultérieur sur des sommes dues de part et d’autre.





